30.01.2012

My tailor is rich and I’m a palmer

Vous qui admirez ma prose dans la langue de Molière, imaginez un instant l’effet produit dans celle de Shakespeare, sublime, isn’t it ?

Que les professeurs d’anglais et les bilingues passent leur chemin sous peine d’infarctus, de combustion spontanée ou d’excès de fou rire.

Pendant nos vacances à la montagne, nous avons rencontré des touristes étrangers.

Joseph était australien. Discuter avec un Aussie, c’est comme parler avec sa grand-mère qui aurait oublié son dentier et qui mangerait un sandwich taille XL en une seule bouchée. L’australien à la particularité de mâcher ses mots et de les recracher en une bave incompréhensible. Mais comprendre un australien en cagoule, sur un télésiège et dans le vent, c’est une prouesse technique que j’ai relevé avec brio… enfin presque…rien que pour vous (et un peu aussi parce qu’on se fait chier sur un télésiège).

J’entame donc la conversation avec Joseph, mon voisin de siège, car je suis une fille sympathique. Je commence par nos origines géographiques respectives. Il trouve Paris magnifique, je lui réponds que c’est aussi une ville relativement chère. Pour lui c’est cheap parce que Perth fait partie des villes les plus coûteuses au monde (adieu mes rêves de conquête de l’Australie).  Nous en venons aux professions. De ma suave et délicate voix teintée d’un très léger accent français, je questionne : What do you do for living ? En vrai, il faut dire for a living mais je ne m’en rappelais plus sur le coup, j’aurais pu faire plus simple avec what is your job, ma logique étant peu commune, je n’y ai pas non plus pensé. L’essentiel c’est qu’il m’ait comprise.

 Il répond : I’m a palmer.

A palmer… le mot interpelle mes neurones endormis qui surpris pendant leur sieste, s’entrechoquent et c’est le bordel. La première image qui me vient est un palmier. J’en déduis que c’est une sorte de jardinier qui plante des palmiers, il doit bien y en avoir en Australie…

Pas du tout. Inutile de chercher dans Reverso, palmer n’existe pas et ne veut rien dire ; palmier se traduisant par palm tree. Oui, je représente une concurrence déloyale pour Dora l’exploratrice, j’en suis bien consciente.

Joseph a du voir passer le poisson rouge en apnée devant mes yeux et a décidé de venir à mon secours. Il me dit que je ne le comprends sûrement pas parce qu’il parle trop vite. Je dis non ce n’est pas la vitesse mais l’accent qui me pose problème, and can you please put off your …cagoule ? Cagoule doit être un mot universel car il s’exécute puis me parle de tuyaux, de sanitaires, de baignoires…

Illumination soudaine : Haaa! You’re a PLUMBER, like Mario Bross. Notez au passage la finesse de mes références internationales, bluffant.

Il part dans une explication sur son apprentissage ; je me dis que l’alternance ne doit pas être rémunérée au même taux que chez nous, pour s’offrir deux semaines de ski à l’autre bout du globe.

Mon homme ayant uniquement compris une petite partie de notre conversation tente une phrase. Il y a plus ridicule que moi parlant anglais, il y a mon homme, grand moment de rigolade, j’en tomberais presque du télésiège.  

Ensuite joseph s’enflamme dans un monologue cagoulé. Je me noie, il le voit, tente un repêchage, une fois, deux fois mais là point d’illumination ; je ne comprends rien du tout. Ouf ! C’est l’arrivée du télésiège, on n’aura jamais compris ses dernières paroles.

Télésiège suivant, car rien ne m’arrête, j’entre en contact avec Gleen un londonien. Cette fois son accent est parfait.

Il me dit : I’m a palmer. Merde, ça recommence !

Je comprends ensuite : I’m a planner. Aprés aucune difficulté pour comprendre qu’il est manager dans un pub et qu’il boit beaucoup de bières. Ça tombe bien on doit partir en Angleterre en juillet. Mon cerveau ne ferait-il d’effort que pour les informations vitales ?

Moralité : j’ai trop regardé Les dessous de Palm beach quand j’étais jeune. Si Rob Estes ressemblait à Derrick, je n’aurais pas vu  des palmiers partout 15 ans plus tard.

les dessous de palm beach

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