25.01.2012

Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde

Sorti en avril 2011 et réalisé par Stéphane Kazandjian. J’ai vu ce film dans le train du retour et j’ai vraiment bien aimé.

C’est une caricature (mais pas tant que ça) du néo capitalisme et de l’économie de marché qui fait tourner notre monde. Le film est un faux documentaire de Joseph Klein, un journaliste gauchiste qui veut filmer la vie quotidienne d’un grand patron du CAC 40 et mettre l’accent sur les conséquences de son empire financier. Michel Gagniant est ce grand patron multi-milliardaire à qui tout réussi et qui possède pouvoir, argent, amour. Ce dernier verra dans ce tournage l’occasion de montrer l’etendue de son pouvoir et mettre en avant sa fulgurante ascension vers le stade ultime de sa carrière : le rachat de son principal concurrent. Chacun a à y gagner dans cette collaboration et tentera de manipuler l’autre pour arriver à ses fins.

C’est une comédie critique sur notre modèle économique, la réalisation est originale entrecoupée d’animations mais parfois on vire dans la comédie franchement potache (cf. l’incident avec le chien et le requin) qui casse un peu le sujet du film.

Laurent Lafitte dans le rôle du journaliste est excellent. Par contre j’ai un peu plus de mal avec François-Xavier Demaison dans le rôle du grand patron. C’est pourtant un bon acteur mais par sa bonhommie il ne colle pas à la caricature que l’on se fait du requin financier. La personnalité de son personnage n’est pas assez hargneuse et incisive, on est dans la caricature tout est exagéré mais pas ce côté, dommage.

C’est un très bon film mais attention on n’est pas dans un documentaire sur le système économique mondial ; si vous voulez plus de cynisme et de critiques,il faut regarder ARTE ou de vrais documentaires, ça reste une fiction très bien construite.

10.01.2012

« Splice » de Vincenzo Natali. Attention spoiler.

C’est un film fantastique de 2010, je l’avais choisi pour le résumé en pensant que ça serait un film de série Z vraiment nul.

splice

Première surprise agréable, Adrian Brody en est l’acteur principal aidé de Sarah Polley. Déjà mon estime pour le film grimpe d’un point. Un navet quel qu’il soit avec Adrian Brody ne peut pas être si mauvais. En plus je ne me rappelais pas du réalisateur mais c’est lui qui a réalisé Cube et Cypher deux films fantastique/horreur de la même veine que j’avais bien aimé à leurs sorties.

Dans l’ensemble : j’ai apprécié ce film malgré ses 30 dernières minutes déconnectées du reste du film.

Résumé : Clive et Elsa forment un couple de généticiens talentueux : ils ont réussi à combiner l’ADN de différentes espèces animales et végétales pour obtenir deux spécimens hybrides. Ils souhaitent progresser dans leurs recherches et fusionner leur création avec de l’ADN humain. Le laboratoire pharmaceutique qui les finance refuse de les soutenir. Défiant toutes les lois éthiques Elsa telle Eve responsable de la destitution du paradis, va choisir de poursuivre l’expérience en secret, entrainant malgré lui Clive. Ils créent Dren, à la croissance ultra rapide. Le couple n’ayant pas d’enfant - car Elsa n’en veut pas pour le moment (tiens, tiens, ça me rappelle quelqu’un…) - va élever et protéger cette créature avec tous les doutes et les peurs que cela engendre, pour le meilleur et pour le pire.

adrian brody, splicePremière impression : les stylistes et les coiffeurs devaient être en grève au moment du film car Adrian Brody et le personnage de son frère arborent une teinture noire sur une coupe de cheveux tout droit venue de la star’ac. Et que dire des pantalons à carreaux hideux que porte Adrian Brody à plusieurs reprises ? Si Natali voulait faire un film d’horreur, bravo, il a réussi !

Passons ces détails greluchiens pour entrer dans le vif du sujet. Le travail en laboratoire manque un peu de crédibilité ; ils travaillent tous sur des espèces hybrides avec du matériel de pointe et là pas de protections spécifiques, de dispositifs haute sécurité, de surveillance à la Big brother, on entre et on sort du matos comme on veut ? Ce n’est pas grave car ce n’est pas ça qui porte préjudice au film. On se laisse embarquer par ce couple perturbé par leur propre création. Les effets spéciaux ne sont pas surabondants (ce que je redoutais) et la créature DREN est extrêmement bien réalisée et intégrée dans le film. Cette partie du film est centrée sur les relations de couple, les relations familiales et l’adaptation à cet être nouveau.  Comme l’adaptation à la naissance du premier enfant dans un couple, ici Dren va susciter des questions sur les rapports aux parents, la question des origines, de la transmission puis aussi sur l’éthique, les limites de la science puisque c’est un hybride. La créature évolue, on s’y attache en se demandant finalement qui est le plus monstrueux de l’Homme ou de sa création, comme dans Frankenstein.

A ce moment du film, je fais l’erreur de partir me chercher une tasse de thé sans mettre sur pause. C’est à côté et j’ai été rapide, j’ai pourtant l’impression d’avoir changé de film.

L’histoire prend un tournant complètement différent, on ne sait pas trop pourquoi d’ailleurs. Ce virage prend naissance par une scène dérangeante du film dans laquelle tous les tabous universels s’effondrent : inceste, pédophilie, alienophilie, zoophilie ; car Clive le père créateur va avoir une relation sexuelle avec Dren. Bien qu’ayant une croissance exponentielle et une allure adulte, on peut dire que c’est une enfant, elle n’a que quelques mois en réalité. Physiquement si le haut ressemble à une femme, le bas tient plus du kangourou-souris voir chauve souris quand elle déploie ses ailes. Je doute qu’un homme psychiquement équilibré puisse éprouver une attirance sexuelle pour un être hybride de ce type d’autant plus qu’il l’a lui-même créée, mais laissons Freud de côté. Sur le plan technique un être hybride peut-il avoir des organes génitaux compatibles avec ceux des humains? C’est contestable.

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On n’adhère pas plus à la réaction d’Elsa qui choquée et en colère (on en attendait pas moins), reprend quand même assez vite ses esprits. Je ne sais pas vous mais moi si je rentrais à la maison et voyais mon homme en train de jouer au docteur avec mon enfant et/ou le chien, je ne serais pas seulement choquée et énervée ; peu importe l’amour que j’ai pu lui porter, je le tue sur place avec ce que je trouve, une pelle, une lampe n’importe quoi. Ben non, Elsa s’en va en courant et va pleurer dans sa maison. Clive rentre plus tard à son tour, la queue entre les jambes et là ils décident d’en finirent avec leur créature, ça arrange tout le monde. Pas main dans la main mais presque, ils retournent dans leur ferme pour liquider la pauvre Dren qui est déjà mourante, ça tombe bien.

Sur ce, les ennuis rappliquent incarnés par le frangin à la chevelure dans le vent et le vilain directeur du labo. Les choses s’accélèrent, un monstre tapit dans le noir veut tous les anéantir, il s’agit de Dren qui n’était pas morte en fait mais a muté en créature masculine féroce. Avec ce coup de théâtre multi exploité par les Feux de l’amour : je suis morte, surprise ! Je suis plus morte ; on décroche encore un peu plus. Si on peut éventuellement concevoir le changement de sexe et encore que, comment expliquer que la bête devienne soudainement si cruelle et violente. Comme c’est bientôt les soldes ont a droit en prime à quelques frayeurs arrosées de giclées sanglantes pour la partie épouvante de ce film. Tout le monde meure en 5 minutes sauf Elsa qui va se faire violer par la créature, pourquoi, comment,  on ne sait pas, mais comme là on a complètement décroché, on s’en fout.

Petite fin qui se veut surprise mais sans l’être vraiment et générique, emballé c’est pesé. Bon film mais qui déconne à fond dans les 30 dernières minutes.

05.01.2012

E la navet va…

Par un passionnant après-midi repassage, j’ai visionné deux films qui m’ont déçue.

 

i spit on your graveLe premier, je m’y attendais, c’était « I spit on your grave » (traduction approximative de moi-même : J’ai craché sur ta tombe) de Steven R. Monroe, 2010.

J’avoue, j’aime bien les films de série B d’épouvante, vestige des Jeudis de l’angoisse sur M6 et des Contes de la crypte que je ne loupais pas quand j’étais ado. Comme je n’ai pas le droit de les regarder quand mon Homme est là (parce qu’il a peur le bichounet et m’en fait des cauchemars) j’en profite quand je suis seule.

L’histoire : Jennifer, jeune et jolie écrivain d’une vingtaine d’année, s’isole dans un chalet au milieu de nulle part pour y écrire son nouveau roman, la conne ! En plus elle noie son portable dans les chiottes en arrivant, décidément elle en tient une couche... Elle va malheureusement rencontrer des individus pervers à qui elle va dire où elle séjourne (elle cherche un peu les ennuis, non ?) et va se faire violer et torturer. Laissée pour morte, elle finira par se venger de manière sanglante un mois plus tard.

Qu’a t-elle fait pendant un mois, où était-elle ? D’après ses dires, elle s’est nourrie de ce qu’elle trouvait dans le marais (rats, etc. …). C’est très étonnant dans le marais, on trouve aussi des vêtements propres et repassés, à sa taille et du shampooing ? Etrange, étrange…

Ce film est un défilé d’images sanguinolentes dans sa deuxième partie, porté par un scénario très basique voir inexistant et des acteurs peu convaincants. La scène de viol est difficile à supporter et n’apporte rien, un travail sur la suggestion aurait été plus intéressant. Rien à dire de plus sur ce film, je n’en attendais pas grand-chose et j’ai été servie...

 

, film épouvante, film fantastique,Pour le deuxième film « Les chroniques d’Erzebeth » de Juraj Jakubisko, 2008, je partais pourtant très enthousiaste.

Jakubisko est un réalisateur hongrois, considéré comme le Fellini de l’Est. Je ne sais pas ce qu’en penserais Fellini mais je ne vois pas beaucoup de points communs entre les deux. Le sujet du film est Erzebeth Báthory bien connue de tous les amateurs de vampirisme et histoires fantastiques. Par le terme « chroniques » et l'affiche du film, je m’attendais à du fantastique où l’aspect légendaire de la comtesse Báthory serait privilégié et bien que nenni.

Petit résumé sur Elisabeth Báthory (en français) pour les non initiés :

Née en 1560, elle fait partie des plus célèbres meurtrières de l’histoire hongroise et slovaque. Considérée comme la première tueuse en série de l’Histoire. On la nomme parfois Dame sanglante de Csejte, du nom de son château. Élisabeth est une femme intelligente et cultivée, elle sait lire et écrire en six langues.

Dès l'âge de 11 ans, Élisabeth est promise en mariage à Ferenc Nádasdy, qu’elle épousera en 1575. Le cadeau de mariage qu’il lui offre, est le château de Čachtice (Csejte), situé près de Trenčín, entouré d’un village et de champs.

En 1578, le courageux mais cruel Nádasdy devient commandeur en chef des troupes hongroises, qu’il mène durant la guerre contre les Turcs. Pendant les longues absences, de Ferenc, Élisabeth gère le royaume. Comme il n’est jamais là, elle n’aura son premier enfant que 10 ans après son mariage, Anna. Puis deux autres Orsolya et Andrei qui meurent en bas âge. Enfin Katarina et Pál, son unique fils et donc héritier des terres et des richesses familiales.

Ferenc meurt en 1604. Entre 1602 et 1604, le pasteur luthérien István Magyari vient à se plaindre à la cour de Vienne, suite à certaines rumeurs concernant des atrocités commises par Élisabeth Báthory. Finalement, en 1610, l'empereur Matthias Ier du Saint-Empire, charge de l'enquête György Thurzó, palatin de Hongrie. Thurzó va faire rassembler des preuves, acquises sous la torture et la menace de mort sur les agissements d’Elisabeth. Il commence à négocier avec le fils d’Élisabeth et ses deux beaux-fils. A ce moment là, la fortune d’Elisabeth est considérable, sa famille règne sur la Transylvanie. Thurzco ne veut pas faire éclater un scandale. On peut le suspecter de vouloir sa part du gâteau sur les richesses.   

Elisabeth est accusée de torture et de meurtre sur un nombre incertain mais conséquent de jeunes femmes (entre 36 et 650 victimes). Son origine noble lui évitera procès et exécution. Elle ne sera pas présente lors de l’accusation et n’aura donc pas la possibilité de se défendre. En 1610, elle est emprisonnée dans une pièce de son château, où elle reste jusqu’à sa mort, quatre ans plus tard. Elle est enterrée à l’église de Čachtice. Des historiens modernes comme Radu Florescu et Raymond T. McNally en ont conclu que les théories présentant la vanité comme motif des meurtres d’Élisabeth provenaient essentiellement de stéréotypes liés au rôle social des femmes à l’époque.  On ne pouvait pas envisager que les femmes soient capables de violence gratuite. Le sadisme comme motivation est ensuite plus vraisemblable. Ses co-accusés quant à eux n’ont pas eu de clémence, certaines parties de leurs corps ont été sectionnées (doigts, tête) avant d’être jetés au feu. On se demande qui sont les plus barbares…

Le cas de Báthory a inspiré de nombreuses histoires et légendes dans lesquelles elle se serait baignée dans le sang de ses victimes pour garder sa jeunesse. Ce dernier fait qui la rendue célèbre, n’a pourtant jamais été mentionné dans les chefs d’accusation et les procès verbaux. Il tire son origine d’un livre rédigé en 1729 par László Turóczi, Tragica historia consacré à Báthory. En 1984, l’historien hongrois László Nagy avance une théorie selon laquelle Élisabeth Báthory n'aurait pas commis ces crimes et aurait été victime d’une conspiration. Une femme régnant seule et d’une main de fer sur un tel royaume attire convoitises et jalousies. Les preuves et les éléments historiques ne permettent pas d’émettre une certitude sur la culpabilité de la comtesse ni sur la nature exacte des sévices qu’elle aurait infligée à ses victimes.

La légende des bains de sang bien encrée dans la culture populaire, a fait de la comtesse un personnage fantastique récurrent dans de nombreuses histoires de vampires, jeux vidéo, films, musiques, bandes dessinées etc.…

Revenons donc au film Chroniques d’Erzebeth.

L’histoire résumée : Erzebeth reine veuve et mystérieuse prend le pouvoir dans un climat conflictuel et sanglant. Des rumeurs de folie, d’assassinats et de disparitions courent dans son royaume. Deux émissaires sont envoyés par l’Eglise pour enquêter sur les faits.

Anna Friel dans le rôle d’Erzebeth (Chuck dans ma regrettée série Pushing daisies), est une excellente actrice et ici comme ailleurs on peut apprécier son talent mais la réalisation ne lui rend pas hommage.

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L’histoire est filmée de manière un peu décousue, on est perdu dans le temps. Les deux moines rappellent un peu les personnages principaux du Bal des vampires de Polanski ou ceux du Nom de la rose, en version pseudo-comique et anachronique mais s’intègrent difficilement dans le scénario. Le narrateur est pourtant l’un des deux, mais il reste très longtemps sans parler laissant l’histoire suivre son cours puis on le retrouve et à nouveau plus rien. On ne comprend pas trop leur rôle, soit ils ne sont pas assez développés, soit ils le sont trop, l’équilibre n’est pas trouvé ici. Et le film est loooonnnnnnngggg, mon dieu qu’il est long, 2h20 (oui, j’ai beaucoup de repassage) sans beaucoup d’action, ça laisse un peu dubitatif.

Le seul avantage du film c’est le point de vue de Jakubisko sur Erzebeth Barthory qui rejoint en partie la théorie de Nagy. Il nous montre une période historique dans sa cruauté quotidienne, où les petites gens du royaume n’étaient que des pions, traités comme des chiens ou des jouets. L’Inquisition et la justice prétextes à la barbarie et la torture les plus absolues témoignent de la réalité de cette époque terrible.  « La comtesse » film de Julie Delpy en 2010 sur le même thème, opte pour un point de vue plus fantaisiste, intégrant le massacre de jeunes servantes comme vrai, avec le bain de sang et l’utilisation d’une vierge de fer. Elle montre un univers plutôt romantique et non violent qui renforce la cruauté de la comtesse. Dans les deux films une grande place est accordée à Darvulia, historiquement peu connue.

J’attendais un traitement différent du hongrois pour sa propre légende nationale. On note aussi l’excentricité du réalisateur qui intègre le Caravage comme amant de Báthory. Bien que contemporain de cette dernière, menant une existence tumultueuse et scandaleuse,  il vécut toute sa vie en Italie, en Sicile et à Malte.