09.03.2012

Café Lovely (Sightseeing), de Rattawut Lapcharoensap

café lovelyCafé Lovely est un petit recueil de sept nouvelles publié en 2005 d’un auteur américano-thaïlandais. Rattawut est né à Chicago et a grandi en Thaïlande notamment à Bangkok.

Hormis les récits de voyages, très peu d’histoires ont pour cadre la Thaïlande. Les auteurs thaïs ne sont malheureusement pas traduits en anglais et encore moins en français. Mon thaï étant très limité, je n’ai pas beaucoup d’espoir de pouvoir lire cette langue couramment un jour. Faute de mieux je me suis rabattue sur Café Lovely et grand bien m’en a pris.

Ce recueil est vraiment touchant.

On est loin de la Thaïlande idyllique vue par les touristes (les Farangs). Chaque histoire nous montre une facette plus sordide que les cartes postales. Si on ne pose pas ses valises que sur la superficielle Phuket, on peut vraiment s’imprégner des contradictions du pays du sourire.

C’est un détour émouvant à travers les bidonvilles des réfugiés cambodgiens, l’errance des jeunes shootés au solvant qui déambulent dans les bars miteux au milieu des prostituées mineures, la corruption politique, le poids de la religion, la cohabitation et non la mixité entre farangs et thaïs.

Ce livre m’a permis de prolonger mon voyage au royaume du Siam, de retrouver ce que j’ai pu toucher du doigt.

Derrière la beauté du paysage et le sourire des habitants se cachent des existences souvent difficiles, conséquences d’une confrontation entre l’héritage culturel et historique et la modernité, son occidentalisation et la course à l’urbanisme.

06.03.2012

"Le jeu de l’ombre" de Sire Cédric

le jeu de l'ombre.jpgJ’avais déjà croisé cet auteur chevelu lors d’un salon du livre, j’en entendais de plus en plus parler et comme je devais acheter un livre à France loisirs (oui, j’ai encore oublié de me désabonner) je me suis dit tentons.

J’ai donc choisi « Le jeu de l’ombre », l’histoire d’un musicien à succès qui possède richesse et talent et abuse de drogues, d’alcool et de filles faciles.

Mais voilà, tout ne sera pas rose pour la rock star (sinon il n’y aurait pas de roman). Victime d’un accident de voiture,  sa vie va en être totalement perturbée. Un tueur sadique éliminera une à une ses conquêtes. Craignant d’être inculpé, il va se débarrasser des corps, scellant ainsi son destin à celui du meurtrier.

Entre roman noir et récit fantastique, l’histoire oscille entre réalité et imaginaire. Le héros est-il fou ? Est-il victime d’un complot infernal ?

Tout ça se présentait bien mais finalement je n’ai pas plus été emballée que ça.

Un truc agaçant, il y a beaucoup de répétitions dans le roman, l’auteur souligne un peu trop certains éléments comme si son lecteur benêt ne pouvait pas comprendre en une phrase. Donc me faire prendre pour une abrutie quand j’ai dépensé presque 20 euros pour un bouquin ça m’énerve.

Par exemple la description d’Alicia, bombe atomique de son état, à la chevelure Shakiresque :

« ... cette poitrine insolente qui ondule devant son visage, et ces torrents de cheveux qui semblent le dévorer vif ...» p. 45

« ... il reconnut aussitôt la cascade sauvage de ses cheveux. » p. 51

« ... ce déferlement de cheveux ruisselant sur le sac de sport, se tordant presque jusque sur ses reins [… ] il se fit la réflexion que cette silhouette était tout simplement idéale. Oui, ce bout de femme était fait pour rendre dingue n’importe quel homme normalement constitué. » p. 52

« elle a détaché ses longs cheveux dorés qui s’emmêlent devant son visage. Elle est purement et simplement à tomber, à se damner corps et âme. » p. 126

Enfin moi je ne sais pas, mais avec tous ces cheveux, je n’aimerais pas être sa coiffeuse !

Là, je me suis focalisée sur ce personnage mais les exemples sont récurrents. Si un élément est dit en page de gauche, on nous le ressert en page de droite et ça devient un peu lourdingue.

J’ai noté cette obsession de l’auteur pour les blondes à cheveux longs, Barbie a encore frappée.

A moins qu’on ait relocalisé l’Aude en Suède, c’est quand même suspect cette avalanche de femmes aux cheveux clairs et aux corps de mannequins : Alicia Belleville, Stéphanie Ballard, Sarah Chevalier, la secrétaire de Belleville soit 95% des personnages féminins du roman.

L'ambiguité fantastique/réel est maintenue jusqu'au bout, il y a des rebondissements et des fausses pistes. Donc l’histoire se lit vite car les chapitres s’enchainent bien et malgré tout on a envie de connaître la suite mais voilà ça ne m’a pas donné envie d’en lire d’avantage de cet auteur pour le moment.

 

 

 

27.02.2012

L’héritage de Tata Lucie de Philippe Saimbert

l'héritage de tata lucie, philippe saimbert

Depuis quelques temps mes lectures me paraissent insipides mais ce petit roman sort du lot.

Joseph un adolescent nous raconte l’aventure rocambolesque qu’a vécu sa famille, un été dans les années 80, péripétie orchestrée par la défunte tata Lucie.

Tata Lucie est un peu comme tatie Danielle, en morte. Elle a laissé un héritage fort attrayant à ses neveux mais pour espérer le récupérer, ils devront traverser des épreuves. La première est d’emménager pendant un mois dans la maison familiale au cœur de la campagne béarnaise avec femmes et enfants. La villa en ruine et son terrain en friche seront le cadre d’une chasse au trésor guidée par les indices disséminés ante mortem par la facétieuse et emmerdeuse tata Lucie ! Dans leur quête du graal, cette famille bénéficiera de l’amitié de certains autochtones tous aussi tordus les uns que les autres : la bienheureuse et castratrice femme de ménage, Gégène l’employé communal et idiot du village, Le maire féru amateur de vin , l’abbé.

Chacun des personnages va laisser s’exprimer sa nature profonde entre joie et conflits familiaux. Il nous évoque des souvenirs de réunions de famille avec nostalgie. L’histoire est bien structurée,  on avance dans la lecture pour trouver le trésor et on en ressort avec une belle histoire, drôle et émouvante, rythmée par le mal être et les découvertes du passage à l’âge adulte que vit notre narrateur.

Je me suis plongée dans le livre comme dans une petite bulle, un vrai moment de bonheur. Ca m'a rappelé "Le magasin des suicides" de Jean Teulé, en thématique plus joyeuse.